Les textes

 

Adeline et Cédric

Il était une fois…
C’est ainsi que commencent les contes de notre enfance. C’est en pensant à ce que Cédric m’a confié un jour que je vous dédie celui-ci. Il m’a confié qu’il s’était littéralement nourri culturellement grâce aux contes.
Mais que nous content-ils ?
Une petite fille, le plus souvent une princesse, vient au monde, accueillie par des parents aimants. Sur son berceau se penchent aussi les bonnes fées… et la sorcière. Leurs paroles vont sceller le destin de la belle princesse qui ne s’éveillera à la vie que sous le baiser d’amour du prince, prince qui aura bravé les dragons et la forêt touffue pour l’aborder.
Les contes nous apprennent que lorsque nous venons au monde, lorsque vous êtes venus au monde, Adeline et Cédric, vous avez été accueillis par des parents aimants et vous avez été, dans le même temps, mordus par le langage. Vous l’avez habité et vous en êtes emparés à votre manière singulière. Il vous a permis de vous ouvrir aux autres, à la culture, aux arts et même, je crois, à une meilleure connaissance de vous-mêmes.

Mais les paroles apportent aussi leur lot de blessures et de tourments.
C’est le versant sorcière du conte. Un grand penseur du XXe siècle déclarait : Nous sommes tous nés du bafouillage de nos ascendants. Et à chaque fois que nous prenons la parole, nous flirtons avec le malentendu, l’équivoque.

Je ne vais donc pas vous souhaiter un bonheur lénifiant. Je vous souhaite de relever le défi, le pari de votre mariage.
Un mariage dont l’annonce nous a joyeusement surpris, vous qui aviez déjà su parcourir, l’un près de l’autre, dix ans de vie commune. Dix ans au cours desquels, entre autre, chacun de vous s’est engagé dans une voie étroite, la voie de la création dans un monde où règnent le profit, l’efficacité à visée toute économique.
Sur cette voie, faite de tâtonnements, voire de crises parfois, vous avez déjà su vous épauler, vous confronter, vous lancer, jusqu’à l’ouverture, cette année, de votre entreprise commune. Vous relevez déjà un défi : celui de la création artistique qui est une solution pour faire face à l’horreur et au vide que recèle la vie.
Vous savez comme moi que le mariage n’offre aucune garantie pour celle et celui qui en font le pas. Juste le désir de relever le pari d’une vie commune fondée sur l’amour, donc sur la parole.

Aucune garantie, aucune possession non plus. Le désir et l’amour ne s’enferment pas. Mais une promesse, une parole donnée. Et le respect qui y est inhérent. On ne peut donner sa parole que si l’on se respecte soi-même, pour aller vers l’autre, l’autre qui sera toujours dans une altérité radicale.
C’est ce qui fera la richesse, la vivance, l’élan de votre mariage.

Je sais, et lui aussi, que sur le berceau de Cédric se sont penchées les bonnes et les mauvaises fées. Cédric a su, Adeline, et tu le sais également, relever le défi de l’existence, il a trouvé les outils et s’est attaqué courageusement aux dragons.
En tant que mère, je sais lui avoir transmis le pire et le meilleur. Mais quels que soient les obstacles qu’il a eu à affronter, les fossés à franchir et les tourments à pacifier, je n’ai jamais cessé de croire en lui et aux bonnes fées que tu viens relayer, Adeline.

Quant à toi, Adeline, je suis arrivée tard dans ta vie. Tes parents ont pris soin de leur jolie princesse, qui grandissait auprès de ses frères.
Je suis arrivée tard dans ta vie, enfin tard à l’aune du compte de mes années, mais je t’ai adoptée et j’ai la faiblesse de croire que toi aussi.
Je pense que les bonnes fées veilleront, si nous y mettons du nôtre, à maintenir le dialogue afin de ne pas consentir aux conflits, dont la légende tenace, souvent vraie, nous dit qu’ils viennent, paraît-il, ombrer les relations belle fille – belle mère.

Le mariage, c’est aussi un don, un don symbolique, un don qui est possible car la séparation mère et fils est déjà effective.
Alors, Adeline, je te confie Cédric.
Aimez-vous, vivez, chantez, dansez, créez au jour le jour dans le définitif et l’éphémère qu’est une vie !
C’est ainsi que vous rencontrerez de bonnes heures, que vous serez heureux et aurez beaucoup d’enfants… A chacun ses créations si essentielles à notre humanité.

Anne-Marie Landivaux
Montainville, le 28 août 2010.